Romain Goupil : cinéaste, citoyen

Romain Goupil s’engage dès l’âge de 14 ans dans les mouvements d’extrême gauche. A partir de 1965, il forge sa conscience politique en se mobilisant pour la victoire des Vietcongs face aux Américains. Il consacre dès lors toute sa jeunesse au militantisme et à la promotion de l’idéologie trotskiste.

Exclu de son lycée pour « activités politiques » en 1967, il arrête ses études pour créer avec des amis les Comités d’action lycéens, les CAL. A 17 ans, il devient un des leaders du mouvement de Mai 68. Convaincu qu’il ne s’agissait que d’une « répétition générale » avant « la vraie révolution », Goupil « continue le combat » au sein des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) jusqu’en 1973. Mais peu à peu, son engagement change de forme.

 

« Le cinéma, c’est au maximum poser une question »

 

« Cam 16 » et « Super 8 » au poing, Romain Goupil est tout aussi précoce pour tourner ses premiers bouts de film, entre onze et douze ans. Le cinéma s’impose à lui comme une évidence. Cette vocation et son engagement politique vont se construire parallèlement. Romain Goupil a peu d’estime pour les films militants. Selon lui, « le cinéma, c’est au maximum poser une question, pas y répondre ». En 1978, à la suite du suicide de son meilleur ami Michel Recanati, il réalise son premier long-métrage. Mourir à trente ans dresse à la fois le portrait historique et personnel de toute une jeunesse militante, grâce aux éléments d’archives tournés avec son ami. Salué par la critique, nommé aux Oscars, primé d’un César et d’une Caméra d’or, ce film marque le début d’une carrière de réalisateur que Romain Goupil poursuit encore.

A partir du milieu des années 70, son « envie de changer le monde » et « d’accélérer l’Histoire » se meut en un « réalisme moins innocent ». Des voix commencent à s’élever dans les mouvements trotskistes pour constater l’échec de Mai 68. « On se pensait révolutionnaires, on était des révoltés », concède-t-il. Beaucoup de ses camarades se détachent alors du militantisme à temps plein pour se consacrer à leur famille ou leur travail. Presque tous restent cependant engagés, dans des associations ou des syndicats. S’il se sert de ses films pour poser des questions, il utilise sa notoriété pour défendre les causes qui lui sont chères : le sort des assiégés de Sarajevo, des Kurdes d’Irak ou des sans-papiers. Les fondements de son engagement s’enracinent dans son passé de militant : une « capacité à s’indigner » et une « sensibilité au monde », qui sont restées intactes.

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